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Philousports

Influenceur

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Twitter : 130K


Sur Twitter, il a une signature connue - Philousports - et une étiquette : «le Roi des gifs». Outre ses séquences d’images animées captées sur les télés de sport, il y délivre des accroches pleines d’esprit, si bien qu’il«pense en 140 caractères à cause de Twitter». A l’affût devant les chaînes télés - ça lui coûte 130 euros d’abonnements par mois - ou alerté par un de ses 55 000 abonnés, Philippe crée des gifs à gogo, du rigolo, des clins d’œil et de l’ironie. «Je guette le petit lapsus, la petite punchline. J’ai ainsi des émotions par procuration. A cause de mon handicap, je ne peux pas les vivre. Je les vis à travers ce que je vois.»

«Myopathe à l’insu de [son] plein gré», comme il se présente sur son compte @Philousports, Philippe, 44 ans, nous reçoit dans la maison du Cap Corse où il vit en colocation avec une famille dont il fut autrefois voisin. Relié par trachéotomie à son appareil de respiration artificielle, Philou est assis sur son lit, face à l’ordi, un œil sur la télé. Voilà son poste de travail où, le week-end, il passe douze heures par jour, midi-minuit. «Je suis content quand ça s’arrête.» C’est même du «35 heures par semaine» avec les matchs des mardis et mercredis. Et cela ne devrait pas ralentir pendant l’Euro de foot. Il cartonne, déployant aussi sur le site d’Eurosport son sens de l’humour, «entre les Nuls et Moustic», le présentateur de Groland.

«Son talent, c’est de savoir saisir la bonne image et d’avoir la petite phrase avec un humour ironique grinçant et accessible, explique Aude Baron, rédactrice en chef d’eurosport.fr. Chez lui, il y a toujours de la tendresse. Même quand il critique les Bleus en rugby, on sent qu’il les aime.» Pour elle, Philippe ne joue pas un personnage. Il est lui-même,«avec ses forces et ses faiblesses, un diamant brut» : «Cette sincérité alliée au talent, c’est le combo gagnant.»

Mais un jour de février 2016, il a craqué, et pas pour surmenage. Fortement handicapé, il a besoin d’un fauteuil électrique. «Ça fait juste un an que je ne fais plus rien seul car le fauteuil mécanique n’est plus adapté à mon handicap», écrit-il sur Twitter. Le spécialiste lui a fait remplir trois dossiers sans succès, il a perdu six mois. La galère. Il ne sait pas ce que son tweet d’humeur va déclencher.

Dès le lendemain, une journaliste de l’Equipe, Lawrence Leenhardt, lui propose de lancer une souscription. Il hésite : «Mon éducation, ce n’est pas ça. J’avais dit ça en matière d’exutoire, pas pour la cagnotte.»Mais il sait ce qu’il endure : «C’est une sciatique. Je n’ai plus 20 ans, je suis presque dépendant. Je veux l’électrique. Une nouvelle année à rester assis comme ça, ce n’était pas possible.» Il dit OK et la journaliste publie un appel sur leetchi.com : «Vous adorez ses gifs, son humour pertinent, sa sensibilité, son regard sur le sport, les Corses, Isa Ithurburu [sa chouchou]…» Tout en précisant qu’il est «un peu gêné de l’initiative», elle réclame une «somme suffisante pour que Philou puisse acheter un fauteuil électrique». Prix de base : 3 500 euros.

Dès le lendemain, c’est la déferlante. L’équipe de France de foot relaie : «Il se fout de nous parfois, souvent, et toujours comme il le sent, mais c’est pour des gens comme ça qu’on aime @twitter.» En un jour, la campagne récolte 15 294 euros, avec 1 214 donateurs. Philippe est abasourdi : «Comme j’ai dit en rigolant, heureusement que j’étais assis. Ça m’a mis les larmes. C’est de l’amour, je pense. Ils m’ont rendu ce que j’espère leur donner.» Il tweete : «Je n’ai pas les mots là, tout ce que je dirais sera aussi cruche qu’à une remise des césars.» Précisant :«Je reçois en pleine gueule un tsunami d’amour, j’étais pas prêt.»

Il arrête la cagnotte à 15 000 euros, «pas plus, c’était pas le but». Met 8 000 euros dans un fauteuil, «j’ai pris toutes options». Le reste, il le consacrera à des voyages : rien que pour aller à Bastia, ça lui coûte 100 euros l’aller en taxi. Mais Philippe n’est pas du genre à se plaindre : «Je "chambre", je me moque, et je commence toujours par moi-même.» Il préfère rigoler de l’allocation handicapés, «de l’argent facile, on est payés à rien faire», autour de 1 000 euros par mois.

C’est par hasard qu’il est tombé sur Twitter. Philippe était joueur de Play Station 3 en ligne, mais en avril 2011, les pirates d’Anonymous bloquent le système. Pour en savoir plus, il se rend sur Twitter. N’y pige rien d’abord. Puis s’y fait, au point de devenir un modèle : «Il a complètement compris l’usage de Twitter, il est assez génial, raconte Christopher Abboud, directeur de la communication pour l’Europe du réseau social. Il est capable de sortir des traits d’humour et d’esprit hyper rapidement. Et plus que son nombre de followers, ce qui est important, c’est sa capacité à être en interaction avec des médias et des personnalités publiques a priori inaccessibles.» Dont Sofiane Guitoune le rugbyman, Ali Traoré le basketteur, Amaury Leveaux l’ancien nageur… «Au départ, je les vannais. Ils l’ont plutôt bien pris, on a commencé à rigoler ensemble. Avant, c’était mes idoles. Maintenant, je les "côtoie".» Autre avantage : «Sans Twitter, je ne serais jamais allé à des matchs de foot, de rugby, aux Jeux handisport à Londres», où on l’a invité.

Philou connaît ses limites : «Je n’ai jamais eu la prétention d’informer. Je ne suis pas un journaliste frustré.» Ouvrir un blog, ça ne l’intéresse pas. «Avec Twitter, je touche le maximum de monde en peu de temps.»Il a quand même une petite mission : «Faire aimer le sport. Et changer l’image des sportifs : pour un con, tu en as 200 qui prennent.» Ce qui l’a fait connaître, c’est l’image d’Anelka faisant sa quenelle : «Je l’ai capturée en direct, et ça a tourné tout de suite.» 20 Minutes l’a contacté avant la Coupe du monde 2014. Il y a officié un an, bénévolement, avant de «concrétiser [son] rêve» aux Cahiers du football, qui pratiquent «le foot comme [il] l’aime, politique et décalé».Mais en décembre 2014, la Ligue pro (LFP), qui revendique la propriété des images, envoie une mise en demeure. «On m’a dit : "Bats-toi, attaque-les." Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai lâché.»Dans le même temps, Eurosport le contacte. Il y est bien, toujours bénévole, ce qu’il préfère, pour rester libre. Et pour l’Euro 2016, il a eu des propositions. «J’ai eu une offre de Carrefour pour suivre les Bleus, mais j’ai dû décliner. Il fallait aller à Clairefontaine. Je ne me sentais pas, et j’ai peur de l’avion.»

Ce fils d’un pied-noir entrepreneur en bâtiment se dit de gauche, «mais la vraie» - en ce moment, il a du mal avec le gouvernement. Son BEP de comptabilité ne lui a guère servi. Il a juste fait un stage dans une mairie, «le plus court de l’histoire» : «Quatre heures, puis je suis rentré chez moi. Etre dans un bureau, OK. Mais cocher des factures, c’est pas pour moi.» Il préfère manier l’image et faire rigoler. On ne va pas s’en plaindre.

1971 Naissance à Marseille.

1986 S’abonne au Vélodrome (jusqu’en 2000).

2011 Débarque sur Twitter.

2014 S’installe en Corse.

2016 Campagne pour un fauteuil électrique.

 

Libération, Par Michel Henry — 27 mai 2016 à 18:01


 

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